Guillaume Weil – Raynal
Un bon croquis vaut mieux qu’un long discours, disait Napoléon. Il en va de même de certaines photos. Envoyé au sultanat d’Oman en juillet dernier par le magazine qui m’emploie, j’ignorais tout de ce pays. Je savais seulement qu’il s’agit d’une des «pétromonarchies» du Golfe, située à l’Est de la péninsule arabique, entre l’Arabie Saoudite, les Emirats, l’Iran et le Yémen, et que la société omanaise est profondément religieuse. L’islam y est omniprésent. Une vision sommaire, à la suite de laquelle ne pouvaient donc que risquer de s’engouffrer les indéracinables stéréotypes qui imprègnent la société occidentale au sujet de l’islam en général et de cette région du monde en particulier : imams, femmes voilées, obscurantisme…
En France, tout particulièrement, la question du voile islamique obsède le débat national. De nombreux intellectuels, ignorant l’histoire et la géographie, et ne s’embarrassant pas d’amalgames, voient dans les femmes et les jeunes filles voilées qui ont fait leur apparition dans nos rues, nos lycées et nos entreprises, les ambassadrices d’une vision du monde perverse et dangereuse, qui nierait les principes fondamentaux de liberté, de laïcité et d’égalité des sexes qui constituent la base de ce que l’on appelle ici le «vivre ensemble». Ces femmes sont fréquemment qualifiées de «fantômes noirs», de «mortes-vivantes emmurées», à qui toute autonomie et tout épanouissement individuel serait refusés. Certains n’hésitent pas à évoquer jusqu’aux talibans d’Afghanistan qui punissaient de peines sévères celles qui osaient s’adonner, ne fût-ce qu’une fois aux plaisirs de la musique ou de la chanson.

Quelques jours plus tard, j’ai croisé dans la rue une autre femme, fonctionnaire au ministère des affaires religieuses, que j’avais rencontrée le jour de mon arrivée à la grande mosquée du sultan Qaboos. Voilée, elle aussi, d’une manière que certains auraient vite fait de qualifier d’ «austère», elle rigolait en compagnie de ses copines «expats».
Des photos de voyages qui, mieux qu’un long discours, démentent tous les «clichés».





